size=12px]J'ai eu une enfance heureuse. Cela va sans dire que l'épanouissement de mon être se répandait tout autour de moi. Je faisais preuve de sagesse, de culture, d'intelligence, de beauté.
Ma mère m'emmenait souvent voir "Le Lac des Cygnes", et les corps si frêles des danseuses étoiles me faisaient rêver. Je ne me doutais pas que je puisse vivre dans un autre pays que la Russie, parler une autre langue.
Les jours glissaient, et l'hiver devancait prudemment mais sûrement l'automne. Alors, je m'accoudais à la fênetre du salon (qui servait aussi, pour les fêtes et les grandes occasions de salle à manger),et j'admirais les flocons de neige qui tombaient sur ces rues, ces maisons interminables. Je ressentais mes palpitations, et je me mettais à danser. Je déployais ma main droite puis ma main gauche, m'avancais sur mon "estrade", puis,je m'élançais éperduement dans des arabesques, nulle part, ailleurs. Je me laissais envahir par l'air chaud et doux, je ressentais le tapis se déplacer délicatement sous mes mouvements. J'ai voulu apprendre a danser. On m'envoya dans une école de danse, c'était très long et difficile, ma mère dut se détacher d'une somme d'argent considérable, mais je progressais, voilà que j'étais sur une vrai estrade devant des centaines de personnes, c'était de la "comédie humaine",de la folie! Je dus finalement arrêter la danse, et je me mis à travailler.
Mes notes étaient admirables, je faisais preuve de volonté, bien que je fus une petite fille assez timide, je m'integrais parfaitement dans la société. Mais par moments, prise d'une subite envie de danser, je me rappelais du temps ou je dansais, et cela me rendait triste. Mais ça ne dura guère longtemps, la danse se vit remplacée par le piano.
Je me rappelle encore de cette odeur de café melangée à une pointe d'iris qu'avait ma professeur de piano. Ses doigts imposants, et ses ongles tellement longs se précipitaient et s'engageaient dans des accords si majestueux ! Ces mains éraillées, durcies, son nez étroit, ses yeux sombres et mystérieux, des dents jaunâtres, son grain de beauté qui pendait au dessus de sa lèvre supérieure, me faisaient peur, au début. Puis, mes mains si petites, rongées quelque fois par le froid, à tel point qu'elles en devenaient rouges, cherchaient a se déplacer de plus en plus vite, avec toujours plus de difficulté dans le rythme. J'entamai le solfège, la chorale. Je fus redoutable. Le concept de la petite fille idéale continuait de marcher de son plein gré. Je passais des concours, devant des messieurs en habits noirs, et des femmes avec des coiffures recherchées et des bagues en or blanc. Je ne montrais jamais ma febrilité, mais je l'éprouvais à chaque fois que j'entrais dans ces salles froides, que je m'asseyais sur cette banquette toujours noire, avec un air impérial bien qu'elle se perdait devant ce piano qui émettait des sons si délicats et intenses.
Les éxaminateurs ne souriaent jamais,ne montraient jamais la moindre émotion,ce qui me mèttait encore plus mal à l'aise.
Si fragile, j'avançais dans mon chemin personnel, j'alternais entre les heures de cours, de devoirs, et de cours de piano. C'était pourtant la plus belle époque de ma vie. J'étais aimée par tous ceux qui croisaient mon chemin, "votre fille est tellement exemplaire, tellement sage" ! Voilà ce que l'on disait à ma mère qui hochait la tête, sans trop y croire pourtant, car jamais je n'étais aussi bien qu'elle le voulait.
Voila que je me retrouvais à jouer devant une salle, accompagnée ou toute seule. Portant un uniforme bleu foncé, qui laissait entrevoir le col blanc de ma chemise en soie, j'avais un air pâle, craintif.
Au fil du temps,mon regard prenait une certaine maturité, je ne savais aucunement que tout allait s'arrêter.
Et dans mon élan vertiginieux, je fus stoppée, comme par un coup de fusil, giflée par mon destin.
Le dernier été, le dernier hiver, le dernier printemps...
Ma mère, de sa main si douce, prit la mienne, et m'emmena dans un tout un autre Monde.
J'arrivai en France.
Soudain, l'enfance s'arreta.
Ma mère m'emmenait souvent voir "Le Lac des Cygnes", et les corps si frêles des danseuses étoiles me faisaient rêver. Je ne me doutais pas que je puisse vivre dans un autre pays que la Russie, parler une autre langue.
Les jours glissaient, et l'hiver devancait prudemment mais sûrement l'automne. Alors, je m'accoudais à la fênetre du salon (qui servait aussi, pour les fêtes et les grandes occasions de salle à manger),et j'admirais les flocons de neige qui tombaient sur ces rues, ces maisons interminables. Je ressentais mes palpitations, et je me mettais à danser. Je déployais ma main droite puis ma main gauche, m'avancais sur mon "estrade", puis,je m'élançais éperduement dans des arabesques, nulle part, ailleurs. Je me laissais envahir par l'air chaud et doux, je ressentais le tapis se déplacer délicatement sous mes mouvements. J'ai voulu apprendre a danser. On m'envoya dans une école de danse, c'était très long et difficile, ma mère dut se détacher d'une somme d'argent considérable, mais je progressais, voilà que j'étais sur une vrai estrade devant des centaines de personnes, c'était de la "comédie humaine",de la folie! Je dus finalement arrêter la danse, et je me mis à travailler.
Mes notes étaient admirables, je faisais preuve de volonté, bien que je fus une petite fille assez timide, je m'integrais parfaitement dans la société. Mais par moments, prise d'une subite envie de danser, je me rappelais du temps ou je dansais, et cela me rendait triste. Mais ça ne dura guère longtemps, la danse se vit remplacée par le piano.
Je me rappelle encore de cette odeur de café melangée à une pointe d'iris qu'avait ma professeur de piano. Ses doigts imposants, et ses ongles tellement longs se précipitaient et s'engageaient dans des accords si majestueux ! Ces mains éraillées, durcies, son nez étroit, ses yeux sombres et mystérieux, des dents jaunâtres, son grain de beauté qui pendait au dessus de sa lèvre supérieure, me faisaient peur, au début. Puis, mes mains si petites, rongées quelque fois par le froid, à tel point qu'elles en devenaient rouges, cherchaient a se déplacer de plus en plus vite, avec toujours plus de difficulté dans le rythme. J'entamai le solfège, la chorale. Je fus redoutable. Le concept de la petite fille idéale continuait de marcher de son plein gré. Je passais des concours, devant des messieurs en habits noirs, et des femmes avec des coiffures recherchées et des bagues en or blanc. Je ne montrais jamais ma febrilité, mais je l'éprouvais à chaque fois que j'entrais dans ces salles froides, que je m'asseyais sur cette banquette toujours noire, avec un air impérial bien qu'elle se perdait devant ce piano qui émettait des sons si délicats et intenses.
Les éxaminateurs ne souriaent jamais,ne montraient jamais la moindre émotion,ce qui me mèttait encore plus mal à l'aise.
Si fragile, j'avançais dans mon chemin personnel, j'alternais entre les heures de cours, de devoirs, et de cours de piano. C'était pourtant la plus belle époque de ma vie. J'étais aimée par tous ceux qui croisaient mon chemin, "votre fille est tellement exemplaire, tellement sage" ! Voilà ce que l'on disait à ma mère qui hochait la tête, sans trop y croire pourtant, car jamais je n'étais aussi bien qu'elle le voulait.
Voila que je me retrouvais à jouer devant une salle, accompagnée ou toute seule. Portant un uniforme bleu foncé, qui laissait entrevoir le col blanc de ma chemise en soie, j'avais un air pâle, craintif.
Au fil du temps,mon regard prenait une certaine maturité, je ne savais aucunement que tout allait s'arrêter.
Et dans mon élan vertiginieux, je fus stoppée, comme par un coup de fusil, giflée par mon destin.
Le dernier été, le dernier hiver, le dernier printemps...
Ma mère, de sa main si douce, prit la mienne, et m'emmena dans un tout un autre Monde.
J'arrivai en France.
Soudain, l'enfance s'arreta.